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Camille Laurens – The New York Instances

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PARIS – À Paris, il aura fallu attendre que les trottoirs soient jonchés de marrons pour qu’éclate le premier scandale de la rentrée littéraire.

En France, septembre voit traditionnellement les maisons d’édition publier leurs livres les plus prometteurs et lancer les grandes manoeuvres pour les positionner au mieux dans la course aux prix littéraires. Le monde des lettres se jette dans un ‘Final Preventing Championship’ model Rive Gauche.

Cette saison se déroulait apparemment sans heurts — unattainable, contre-nature, ont plaisanté certains observateurs littéraires — jusqu’à ce qu’un scandale n’éclabousse le prix littéraire français le plus prestigieux, et celui connu jusqu’à présent pour sa probité: le Goncourt, porte-étendard du roman français depuis 118 ans, qui compte parmi ses lauréats Proust, Simone de Beauvoir et Marguerite Duras.

Tout a commencé lors d’un déjeuner ce mois-ci entre les dix jurés du Goncourt — au menu: canette rôtie aux cerises et du Château Maucaillou 2015 — réunis pour décider de la première liste de sélection des prétendants au prix. L’auteur d’un des romans en lice s’avère être le compagnon de Camille Laurens, l’une des jurées, qui est romancière et critique littéraire au journal Le Monde. De fait, le livre est dédié à “C.L.”

En dépit de cela, le jury choisit, par 7 voix contre 3, de retenir le roman dans sa liste. Mme Laurens fait partie de la majorité.

Un tel vote n’aurait peut-être surpris personne s’il s’était agi d’autres grands prix littéraires français — ceux-ci ont toujours refusé des réformes visant à les rendre plus équitables et plus transparents. Mais le Goncourt diffère dans la mesure où des réformes menées depuis 2008 l’ont incontestablement rendu plus intègre et crédible.

Seulement, la personne à l’origine de ces changements, Bernard Pivot — determine légendaire du monde des livres en France, reconnu pour sa droiture — a pris sa retraite de la présidence du Goncourt fin 2019. Depuis, la query de la survie des réformes après son départ alimente volontiers les conversations dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, bastion Rive Gauche de la classe littéraire française.

Interviewé pour la première fois au sujet du scandale, M. Pivot se dit “étonné” et “stupéfait” par la décision du Goncourt d’inclure le livre en query dans sa liste.

“Il est évident qu’en tant que président de l’Académie Goncourt, je n’aurais pas accepté que le roman du mari, ou de la femme, de l’amant, de l’amante, soit sur la liste,” s’indigne M. Pivot, la voix empreinte de colère.

Il ajoute que ce qui vous fait refuser de mettre sur une liste un livre dont l’auteur est un intime de l’un des membres du Goncourt, ça tombe sous le sens.”

L’enjeu est énorme. Un livre primé au Goncourt en novembre devient tout naturellement un cadeau de Noël par défaut. “L’Anomalie”, récompensé l’an dernier, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, un chiffre astronomique pour la France.

La connivence au sein des grands jurys littéraires français a été mise en lumière l’an dernier lorsque certains jurés du Renaudot, le second prix le plus prestigieux de France, ont reconnu avoir couronné en 2013 un écrivain pédophile, Gabriel Matzneff, parce qu’il était un ami à qui ils souhaitaient remonter le ethical dans une période difficile.

Au Renaudot et au sein d’autres grands prix, les jurés font ouvertement campagne pour des ouvrages dans lesquels ils ont un intérêt personnel ou professionnel. Certains juges sont éditeurs dans des grandes maisons d’édition et défendent des livres de leurs employeurs, voire des ouvrages qu’ils ont eux-mêmes édités.

Avant les réformes, le Goncourt se voyait lui aussi qualifier de “mafia Goncourt” par certains de ses détracteurs, rappelle l’actuel président du jury, Didier Decoin, juré depuis 1995.

Mais sous l’impulsion de Bernard Pivot, de profonds changements furent introduits. Les jurés ne peuvent plus être salariés de maisons d’édition et ne sont plus nommés à vie. Il doivent maintenant prendre leur retraite du jury à 80 ans et sont tenus d’avoir réellement lu les livres en compétition.

L’impression des réformes a été immédiat. Une analyse du New York Instances montre que, dans la décennie précédant les réformes de 2008, en moyenne chaque année, près de deux jurés sur 10 du Goncourt étaient liés à la maison d’édition du lauréat. Depuis 2008, ce chiffre est tombé à un.

Grâce aux réformes, des maisons d’édition initiallement modestes comme Actes Sud — qui n’avait quasiment pas droit de cité au Goncourt automobile elle se refusait à faire du lobbying pour obtenir un prix — se sont mises à gagner bien plus fréquemment. Depuis 2008, Actes Sud a remporté quatre Prix Goncourt.

“Je pense que la probability que j’ai eue, c’est que je suis arrivé au second d’un changement de pratique,” estimait Jérôme Ferrari, dont “Le Sermon sur la chute de Rome” a gagné le Goncourt en 2012, lors d’une interview l’année dernière.

Au début de ce mois, les 10 jurés du Goncourt se sont retrouvés à déjeuner chez Drouant, le restaurant parisien qui accueille les réunions du jury depuis près d’un siècle.

Ils ont dressé une liste comprenant 16 titres. L’un d’eux a nécessité un vote particulier, “Les enfants de Cadillac” dont l’auteur, François Noudelmann, est le compagnon de Camille Laurens. Par un vote à important levée de 7 voix contre 3, le jury a conclu qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêt, en partie parce que Mme Laurens et M. Noudelmann ne sont ni mariés, ni en union civile.

Dans une interview par e-mail, Mme Laurens, qui est jurée depuis l’année dernière, dit avoir été honnête à propos de sa relation, et n’avoir “jamais incité les autres jurés” à lire le livre.

Certains membres du jury, notamment son président Didier Decoin, ont pourtant été surpris qu’elle ait pris half au vote.

“Moi, j’ai pensé qu’elle ne voterait pas,” souligne M. Decoin, qui faisait parti de la minorité des 3 jurés ayant voté contre. “Elle a voté. Bon. C’est weird, mais ça la regarde.”

Philippe Claudel, le secrétaire général du jury, qui faisait partie de la majorité ayant voté pour, explique qu’aucune règle interne n’interdisait à Mme Laurens de voter.

“On ne peut pas, à mon avis, reprocher à Camille Laurens d’avoir enfreint une règle qui n’existe pas,” estime-t-il.

Il n’y avait pas non plus de règle empêchant Mme Laurens de faire ce qui a suivi, ajoute-t-il.

Neuf jours après que le Goncourt a dévoilé sa première sélection, dans sa chronique publiée dans Le Monde, Camille Laurens a vertement critiqué un autre des livres y figurant : “La Carte postale”, d’Anne Berest.

De quoi sonner l’alarme au sein des cercles littéraires, “La Carte postale” étant perçu comme un concurrent direct des “Enfants de Cadillac,” le livre de son compagnon. Les deux romans traitent de thèmes similaires — des exilés juifs en France, l’Holocauste — mais “La Carte postale” a rencontré un massive succès critique et business, alors que “Les Enfants de Cadillac” n’a fait que peu de bruit.

La critique de Mme Laurens a également attiré l’consideration en raison de sa “violence inouïe”, selon France Inter, qui a été le premier média à révéler le conflit d’intérêts.

Selon l’hebdomadaire L’Obs, la critique tournait à l’attaque personnelle envers Anne Berest, la décrivant comme une “experte en stylish parisien” entrant dans une chambre à gaz avec “ses gros sabots à semelles rouges”. Le roman, écrit Mme Laurens, équivaut à “la Shoah pour les nuls”.

Dans son electronic mail, Camille Laurens affirme avoir rédigé sa critique avant que le Goncourt ne décide de sa première sélection. Elle estime être une “critique indépendante” et être ciblée parce qu’elle est une femme.

“Ce n’est pas la première fois que je fais la critique virulente d’un livre,” écrit-elle. “Et une fois de plus, je constate que mes arguments ne sont jamais discutés, et qu’on préfère dire que je suis ‘violente’ et ‘méchante’.”

Mais pour Jean-Yves Mollier, universitaire spécialiste de l’histoire de l’édition française, la critique s’inscrit dans une custom de manœuvres pour les prix littéraires.

“Elle a carrément assassiné une des candidates,” considère-t-il.

Didier Decoin affirme qu’il proposera une nouvelle règle exigeant des jurés ayant un conflit d’intérêts qu’ils s’abstiennent de voter. Philippe Claudel dit l’approuver mais souligne que les jurés actuels sont tout aussi attachés à l’éthique que l’était M. Pivot.

“Bernard Pivot est une belle determine morale, et je pense que toutes celles et ceux qui sont autour de cette desk le sont aussi,” dit-il. “Ce serait extrêmement malvenu de dire que la moralité ne reposait que sur une seule personne.”

https://www.nytimes.com/fr/2021/09/29/world/europe/goncourt-laurens-jury-pivot.html | Camille Laurens – The New York Instances

Aila Slisco

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